Des petits bouts de moi #16: Après le choc… on se relève!

Je me réveille, plusieurs jours après le tragique évènement du 4 octobre 1990. J’ai du mal à réaliser ce qui m’arrive. Je suis dans une salle des soins intensifs de l’hôpital Sainte-Justine… Une infirmière est à mes côtés en permanence, prenant mes signes vitaux à tout moment, mais de façon surprenante pour moi: qu’il s’agisse de prendre ma température sous mon bras ou de prendre mon pouls sous mes deux pieds et de comparer les résultats, ces façons de procéder sont toutes nouvelles pour moi et je n’y comprends pas grand-chose, pour ne pas dire absolument rien.

D’ailleurs, ce n’est pas surprenant, puisque je ne connais pas l’étendue des dégâts causés par l’énorme roue de ce mastodonte qui m’est passé dessus. Je m’examine un peu, autant que je puisse le faire dans ces conditions, afin de constater un peu dans quel état je suis. Arrivée à mon ventre, je touche d’énormes tiges métalliques et je les suis, pour constater avec surprise qu’elles pénètrent en moi par trois trous de chaque côté de mon ventre et que le tout se réunit au-dessus, de façon à tenir en un seul morceau, mais je ne sais pas à quelle profondeur tout cela se trouve à l’intérieur de mon corps et encore moins l’utilité de ces tiges. Puis, j’ai des tubes partout. Je suis reliée à plusieurs machines qui ont certainement toutes leur raison d’être branchées à moi, mais pour l’instant, j’ignore tout. Je veux savoir, je veux comprendre… Je vais poser des questions; ainsi, j’aurai très certainement des réponses. J’essaie de parler, mais aucun son ne sort de ma bouche. C’est comme si tout était bloqué dans ma gorge. Je porte attention et je m’aperçois que j’ai quelque chose qui est installé dans ma bouche: un tube me reliant à un respirateur. Wooo! C’est plus grave que grave… Pourquoi n’arrivais-je pas à respirer par moi-même? Et puis, ne pas parler, ne pas pouvoir interroger les infirmières et médecins qui gravitent autour de moi, c’est catastrophique pour moi… Je ne saurais même pas expliquer comment, mais je finis par me faire comprendre de quelque façon que ce soit et, une fois qu’on se rend compte que je suis consciente et bien éveillée, on m’explique que j’ai eu 5 fractures au bassin, que la circulation dans ma jambe gauche a été gravement, très gravement endommagée, qu’ils ont dû procéder à des transferts de veine d’une jambe à l’autre et à des pontages afin de tenter de créer une circulation sanguine acceptable dans cette jambe. Mais on me dit aussi que la partie n’est pas encore gagnée; on ne sait pas encore si on pourra la sauver et si ce système circulatoire de dépannage tiendra le coup. C’est pourquoi on prend régulièrement mon pouls sous mon pied gauche: on vérifie si le sang y circule convenablement. D’ailleurs, l’inquiétude règne visiblement chaque fois qu’on répète cette procédure: sous mon pied droit, le pouls est parfait; sous le gauche, il est presque imperceptible… De plus, j’entends mes parents s’attrister de voir la couleur anormale de mon pied, qui passe du bleu au blanc… Puis à la peau qui sèche et s’en détache… Je commence donc à faire des liens: on prend ma température sous mon bras car ma bouche est obstruée par le tube qui me permet de respirer. J’ai le bassin fracturé à 5 endroits, c’est pourquoi j’avais l’impression d’avoir le pubis détaché du reste du corps. J’ai une jambe bien amochée, mais qui se bat pour rester. Voilà le tableau de ce que je comprends, à ce stade de mon rétablissement.

Malgré cette série de constatations désolantes et effrayantes, je n’ai pas très mal et vous aurez deviné que c’est parce qu’on me soulage avec de très puissantes doses de morphine que je reçois très régulièrement; en fait, dès que je démontre des signes de souffrance. Et puis, mes parents sont avec moi constamment. Il y a toujours soit mon père ou ma mère à mon chevet, qui me caresse, me parle, me dit que j’ai eu tout un choc, mais que je me remettrai très vite sur pied et que tout rentrera dans l’ordre et qu’on fera une grande fête une fois que tout cela sera terminé. Bref, on me soulage de mes souffrances et on me rassure. Quoi de mieux?

Cette période, qui devrait être la plus inquiétante de tout mon rétablissement, est la plus réconfortante et enveloppante. On est à mes côtés 24 heures sur 24, à l’écoute de mes moindres besoins et dès que la douleur se pointe, hop! On la chasse à grands coups d’injections bienfaisantes. Bref, je suis aussi en sécurité que le foetus dans le ventre de sa mère…

Puisque les deux seules personnes autorisées à être en contact avec moi sont mes parents, un système très ingénieux se met en place pour me permettre d’avoir des nouvelles du reste de ma famille et de mes amis qui ne peuvent pas me voir à ce moment-ci. À l’aide d’un magnétophone très portatif qui circule d’une personne à l’autre, on m’enregistre de merveilleux témoignages sur une cassette et, une fois que tout le monde y a ajouté son petit mot, l’appareil revient dans ma chambre, par l’un ou l’autre de mes parents et, bonheur suprême, j’écoute les voix de toutes ces personnes si chères à mon coeur… On me dit tout un tas de choses et ce qui est fabuleux, c’est que même si tout le monde est atterré, le message premier est d’un positif extraordinaire: «Tu as eu tout un choc ma chérie, mais tu vas passer à travers ça comme une gagnante! Tu vas très vite guérir et tu sais quoi? On va faire un super gros party quand tu seras guérie. On va fêter en grand! Reviens-nous vite et en forme! On est tous avec toi. On t’aime et on pense à toi très fort.» C’était à peu près l’essentiel des messages qu’on me laissait sur cette cassette magique. Toutes les voix si précieuses de mes parents, mon frère, mes tantes, des cousins, cousines, des amis, mon amoureux, etc. Tout le monde y était; il ne manquait absolument personne. Si vous saviez comme j’avais hâte de ne plus avoir ce sacré tube dans la bouche pour pouvoir leur répondre…

Mon amoureux a même été inspiré par cette cassette et m’en a préparé une bien spéciale, juste à lui: on y retrouvait plein de superbes chansons Country qui avaient un lien avec nous deux ou avec moi simplement, le tout entrecoupé de petits messages de son cru. J’avais droit à une émission de radio personnalisée où mon bien-aimé était l’animateur du jour. C’était extrêmement touchant.

Au bout de quelques semaines, alors que je faisais mille et un signes qui voulaient dire «Quand allez-vous m’enlever ce maudit tube?», on m’explique que je dois garder ce tube tant et aussi longtemps que je ne respirerai pas entièrement par moi-même. Je me mets donc à analyser ma respiration et je constate avec stupéfaction et horreur que j’oublie très fréquemment de respirer moi-même! Mais qu’est-ce que c’est que cette plaisanterie? Depuis quand oublie-t-on de respirer? Oui, je dois réagir et ça presse! «Je dois respirer… Respire, Katia; respire…» Je vous assure! Cela peut paraître extrêmement bizarre, mais je me mets à cet apprentissage de manière très intensive, me répétant de respirer à tout moment; si bien que je finis par développer à nouveau ce réflexe si naturel qu’est celui de la respiration. Pour mon plus grand bonheur, un jour, on retire les tubes que j’ai dans le nez et dans la bouche. ENFIN!!! C’est alors que je m’emploie intensivement à poser toutes les questions que j’étais obligée de garder pour moi et aussi à répondre à tous les merveilleux messages que j’avais entendus sur la superbe cassette. Je tiens à tous mes proches des propos ressemblant à ceci: «Merci pour vos beaux messages… Oui, je vous le promets, je vais me sortir de ça comme une vraie « winner »! Et puis je vous prends au mot, car je le veux, le gros party que vous voulez faire une fois que je serai guérie. Un méchant party, je vous le promets!» Tous me parlaient toujours de faire une grande fête car j’ai une réputation de grande fêteuse qui me précède… (rire)

Une fois les tubes retirés, on finit par constater, au bout de quelques semaines, que mon état ne nécessite plus de demeurer aux soins intensifs. On me transfère donc à ma chambre au 6e étage de l’hôpital (chambre 6103: 6e étage, bloc 1, lit 3; j’ai demandé ce que voulait dire ce chiffre, comme je demande ce que tout veut dire…). Mais, une fois transférée, le choc est brutal: ce ne sont plus les soins intensifs; je ne suis pas seule sur l’étage. Lorsque j’ai besoin de quelque chose, on n’accourt plus dans les 30 secondes; je dois sonner et… attendre… Les infirmières et préposés sont plus pressés; j’ai donc l’impression de les déranger un peu lorsque je fais une demande. Bref, j’ai l’impression d’être moins chaleureusement accueillie sur l’étage que je ne l’ai été aux soins intensifs et ça me donne un coup. Heureusement, il y a une belle récompense à cette attention moins importante du personnel hospitalier: tous mes proches peuvent venir me voir! Yes!!! Et puis, des liens se créent avec certaines infirmières toutes spéciales aussi.

Lors du prochain «Petit bout de moi», je vous entraînerai dans le vif du rétablissement. Je vous ferai vivre les soirées de musique que mon père et moi passions ensemble dans ma chambre d’hôpital, des chansons que j’apprenais, de mes premières leçons de guitare, de la visite très nombreuse qui me remontait le moral, des belles périodes de lecture avec ma mère, sans oublier tous les soins qui se poursuivaient, afin que mon état continue à s’améliorer.

C’est un rendez-vous!

Commentaires sur ce billet

  1. karolle says:

    quel courage que tu as eu ma belle ,en te lisant on comprends que tu es une vrai bataillante ,ton réçit m’as ârticulièrement touchée ;tu es une GRANDE et SUPERBE personne xxxx

    • MMerci beaucoup Carole! Ton commentaire me va droit au coeur. Oui, ça prend beaucoup de courage, c’est vrai, mais quelle fierté on ressent après avoir accompli tout ça… Et puis, lorsque surviennent de petits obstacles, ons ont l’air de simples puces comparés à tout ce que j’ai vécu. 🙂 Alors, ça amène à ne jamais se plaindre et à se dire que la solution existe toujours, même si elle n’est pas apparente parfois. Encore une fois, un gros merci et au plaisir de te relire!

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