Des petits bouts de moi #8: Matante Gougoune

Enfin! Je suis de retour pour un autre petit bout de moi, après bien des souffrances qui m’ont enlevé l’inspiration. C’est toujours un plaisir renouvelé pour moi, chaque fois que je vous offre ces quelques pages de mon livre de vie. Je vous entraîne avec moi, cette fois-ci, dans l’univers de mon entourage immédiat de petite fille…

Même si je vouais une grande importance à ma vie scolaire durant mon enfance, j’avais, il va sans dire, une vie à l’extérieur des murs de ma grande école. La raison pour laquelle on a l’impression que je n’ai fait qu’étudier est simple: je passais le plus clair de mon temps dans l’établissement scolaire. Donc, une grande partie de mes souvenirs de petite fille y est rattachée.

Toujours est-il que j’avais, dans mon environnement immédiat, tout à côté de chez moi, tout un tas de gens qui veillaient sur moi ou venaient me retrouver dans ma cour afin de partager mes jeux. Notons cependant que je n’étais pas une petite fille à l’aise dans des groupes. J’étais plutôt du genre à «jouer à deux», comme je prenais plaisir à l’expliquer alors. Je cite mes paroles de petit bout de fille: «Quand on joue à trois, il y a toujours quelqu’un qui est tout seul dans son coin. Alors que quand on joue à deux, personne n’est tout seul.» Je m’organisais donc toujours pour voir mes amies une par une, afin de les avoir toutes à moi durant notre période de jeu et de m’assurer que personne n’allait s’ennuyer dans son coin (en l’occurrence: moi, car lorsqu’une tierce personne se joignait occasionnellement à nous, je ne savais pas m’intégrer et prendre ma juste place; alors, par réflexe, je m’effaçais tout simplement).

J’avais aussi une caractéristique bien spéciale pour une petite fille de 6 ans et un peu plus: je préférais la compagnie des adultes à celle des enfants de mon âge. Cela surprenait les grands qui m’entouraient, mais il en était bel et bien ainsi. Le fait de me renvoyer jouer avec les autres jeunes du même groupe d’âge que moi produisait sur moi l’effet d’une gifle: le même effet que si on m’avait dit «Va-t-en, tu n’es pas à la hauteur de nos conversations. Tu ne comprendrais pas.»… Zut! J’avais donc autant d’amis adultes qui se faisaient une joie de me compter parmi les leurs que de jeunes amies petites filles.

Parmi les «grandes personnes», on retrouvait, entre autres, Matante Gougoune. Qui était donc Matante Gougoune? Une charmante dame, fort généreuse, énergique, avec le coeur aussi grand que tout Mascouche au moins. Tous les enfants du voisinage aimaient Matante Gougoune. Sa famille était amie avec la mienne; elle n’était donc pas ma «tante biologique» mais ma «tante de coeur», c’est sûr. Et la tante de coeur d’une ribambelle d’enfants qui, comme moi, passaient leur temps à courir dans sa maison, à manger ses friandises et à lui dérober tout son précieux temps! (rire) Ah, elle nous le donnait de bon coeur, son temps. Avec elle tout comme avec ses deux grandes filles, j’allais partout. Avec Matante Gougoune, au centre commercial, dans les restaurants, les magasins, chez les uns et les autres… au bowling, aussi! Eh oui! Partout! Elle me prêtait tout ce que je lui demandais de me prêter. Elle me laissait même jouer avec sa petite machine à calculer: je voulais faire comme elle et «calculer mes bills». Combien de rouleaux de papier j’ai gaspillés en faisant semblant de calculer! Mais elle s’en fichait, Matante Gougoune! Je m’amusais et elle était heureuse. C’est avec elle que j’ai ouvert mon premier compte bancaire, acheté mon premier soutien-gorge, le moment venu, bu ma première tasse de café. (rire) On en a fait, des choses! Avec Johanne et Nicole, ses deux filles, j’allais partout aussi. Surtout avec Johanne, un peu plus vieille que sa soeur, qui me faisait même visiter la grande ville de Montréal en m’amenant vraiment, vraiment partout avec elle. Il y avait aussi Daniel, un des fils de Matante Gougoune, qui m’emmenait souvent au St-Hubert avec lui. Il m’a aussi appris à jouer au cribbage. Ah, ce qu’on en a joué des parties de cribbage tous les deux! Cette famille fut très présente dans ma vie de petite fille.

Au chapitre des adultes qui veillaient gentiment sur moi, il y avait également tous les amis de mes parents qui jouaient avec moi tout autant que mes parents eux-mêmes. Il faut dire que chez nous, c’était presque toujours la fête. Il y avait toujours des amis à la maison: des amis qui séjournaient longtemps chez nous pour toutes sortes de bonnes raisons, certainement! Mais je me fichais bien de savoir pourquoi il y avait toujours foule à la maison, car tous ces gens, qu’il s’agisse d’artistes, de musiciens, de comédiens ou d’amis de la famille tout simplement, car tous étaient plus formidables les uns que les autres avec mon frère et moi. Alors, on faisait de la place pour tout ce beau monde et on s’amusait follement.

Parmi les enfants, ils étaient peu nombreux à fréquenter mon univers, hors de l’école. Surtout durant l’année scolaire, puisque je n’étais présente chez moi que les fins de semaine. Mais, une fois l’été arrivé, je revenais dans le nid familial et je pouvais tisser des liens avec mes pairs. Ils étaient très peu nombreux: tout bien compté, voyons voir… 4 amies, mais 4 bonnes amies.

Tout d’abord, il y avait ma voisine immédiate: Véronique. Son frère Didier se tenait davantage avec mon frère, mais parfois avec sa soeur et moi. Véronique passait des grandes journées avec moi à jouer à tout et n’importe quoi, à se balancer et à se baigner.

Il y avait aussi les soeurs Huneault: Annie, Chantale et Mélanie. La première d’entre elles que j’ai connue était Annie, qui m’a ensuite présenté ses deux soeurs. Elles étaient toutes adorables avec moi. Dans ce cas précis, nos jeux ne se déroulaient pas vraiment chez moi mais plutôt chez elles. Une anecdote très spéciale: les Huneault habitaient une maison qui faisait le coin de la rue où j’habitais et je la reconnaissais toujours à cause de sa clôture blanche qui faisait tout le coin de la rue. Je me demandais toujours qui pouvait bien habiter cette maison que je reconnaissais sans cesse et qui faisait ma joie chaque fois que je l’entrevoyais, car je savais que j’allais bientôt retrouver mon chez moi. Je n’en revenais pas d’apprendre qu’elles habitaient justement dans «la maison à la belle clôture blanche». C’était surtout avec Annie et Chantale que je jouais, Mélanie étant un peu plus jeune. Et savez-vous quoi? J’ai eu le grand bonheur de retrouver Annie et Chantale ici même sur Facebook! Je suis tellement contente, car je les aimais beaucoup et ce fut un réel plaisir pour moi de les retrouver.

Pour le reste, il y avait beaucoup d’autres enfants dans notre voisinage. Les garçons fréquentaient mon grand frère, mais la plupart des autres petites filles… comment dire?… Probablement qu’elles n’avaient pas l’habitude de voir une personne avec un handicap, alors elles ne «m’approchaient même pas avec une perche de 10 pieds», comme le dirait spontanément mon bien-aimé. Imaginez un peu: je suis avec une de mes petites amies. Nous marchons jusqu’au dépanneur tout en bavardant. Une petite fille qui passe en même temps que nous salue mon amie et lance un genre de: «Est tu aveugle?» Mon amie répond, un peu mal à l’aise, que… oui. L’autre petite ingrate éclate de rire et s’enfuit. C’était un peu le portrait type de l’indélicatesse des enfants entre eux, mais surtout, je crois, du manque de sensibilisation ou d’information envers les personnes simplement différentes des autres, peu importe la raison.

Il y avait aussi, j’allais oublier, une autre Annie. Elle, de son côté, habitait sur la rue derrière la nôtre, ce qui faisait en sorte que sa cour était collée sur la nôtre. Alors, parfois, même si elle n’avait pas le droit, elle escaladait la clôture grillagée et sautait dans ma cour pour venir jouer avec moi! Ah, qu’on en avait, du plaisir!

Sans oublier les cousines, bien entendu, qui nous rendaient souvent visite. Deux cousines, entre autres, prennent une grande place dans mes souvenirs d’enfance: Karine, avec qui j’écoutais des contes de fées à longueur de journée (comme on a usé mon 33 tours de Blanche-Neige et les sept nains!). Et il y avait Natacha, ma chère cousine Natacha, qui me protégeait comme si j’étais sa petite soeur toute fragile, qui faisait attention à moi comme à la prunelle de ses yeux, mais qui ne s’empêchait pas de m’amener partout avec elle. On se racontait tout; à bien y réfléchir, nous étions tout aussi proches que des soeurs.

Cela complète le tableau de mon entourage à l’extérieur de ma vie scolaire. Je peux considérer que j’ai toujours été extrêmement bien entourée de gens que j’aimais et qui m’aimaient aussi énormément. Une petite fille heureuse, voilà ce que j’étais et cela m’est resté, je crois, car j’ai définitivement une facilité à être heureuse et à éprouver de la joie pour tout et en tout temps.

Le plaisir d’écrire ces tranches de ma vie étant l’interaction qui existe entre vous et moi suite à chaque «petit bout», j’attends impatiemment vos commentaires.

Au plaisir de vous lire bientôt!

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