Des petits bouts de moi #6 (suite): Entre les livres et moi, une éternelle complicité

J’ai déjà longuement élaboré sur mes passions enfantines, mais j’ai fait un très gros oubli. C’est à un très jeune âge que j’ai fait la connaissance de complices qui allaient me faire développer une réelle passion.

Comme je l’ai déjà mentionné, j’ai toujours adoré apprendre. J’ai donc très vite appris à bien lire et écrire ma langue. J’ai toujours eu une très grande facilité à mémoriser tous les petits caprices de notre merveilleuse langue française et j’ai toujours voulu l’écrire à la perfection, en plus d’adorer la lire. Dès que j’ai connu mon alphabet braille au grand complet ainsi que toutes les ponctuations, mon professeur me référa à la bibliothèque de l’école, que j’allais me mettre à fréquenter de manière assidue. Le premier livre qu’on me confia avait exactement 4 pages braille. Cinq minutes plus tard, il était lu et rapporté à la bibliothèque! La bibliothécaire dicida donc de m’en offrir un qui contenait un peu plus de pages (au moins une vingtaine), que je lui rapportai le lendemain, avec l’envie gourmande d’en dévorer un nouveau.

C’est ainsi que, d’un livre à l’autre, toujours de plus en plus gros, je devins une mordue de lecture. J’avais toujours un livre sous le bras, partout où j’allais. J’allais en visite? J’avais au moins deux volumes braille qui me suivaient dans mes bagages. J’allais m’asseoir à l’extérieur? J’avais un livre avec moi pour accompagner ce moment de détente. Bref, les livres me suivaient partout! Dès l’âge de 11 ans, je m’embarquais dans de grandes lectures de romans à plusieurs tomes, m’attachant aux personnages que faisaient vivre les auteurs de tous ces livres magiques.

Il faut dire que j’avais été encouragée dès les débuts de mon cheminement scolaire à lire beaucoup. Je pense notamment à Rita, en deuxième année, qui nous lisait des histoires palpitantes en fin de journée, lorsque nous avions bien travaillé. Ou à d’autres moments, elle nous permettait de choisir entre de nombreuses petites histoires que nous pouvions lire lorsque nous avions fini un exercice avant les autres. Inutile de vous dire que j’ai eu très souvent accès à ces «fiches de lecture», qui étaient classées par niveau de difficulté, par des identifications tactiles et colorées. Des fiches avec une étiquette rose et de texture très douce représentaient des lectures faciles, alors que des étiquettes vertes et rugueuses représentaient un niveau plus avancé.

Mais au-delà de la lecture s’est installée une autre grande passion qui a débuté par une interrogation: «Comment on FAIT les livres? Comment on les FABRIQUE?» Je me demandais comment on s’y prenait pour les transcrire en braille et en faire de vrais beaux livres. J’imaginais une personne assise devant une machine à écrire braille et transcrivant, une lettre après l’autre, les pages de tous les livres que je lisais. Je me demandais aussi comment on les reliait, on les couvrait, etc. Je m,amusais même, dans mes temps libres, à retranscrire mes livres préférés avec ma propre dactylo braille, en imitant la disposition parfaite que je lisais. Je faisais une copie parfaite des livres que je lisais. Ah! Bien sûr, pas des livres en entier, mais plusieurs pages, de façon à avoir expérimenté toutes sortes de modes de transcription.

Ensuite, les années ont passé. Nos appareils informatiques braille se sont sophistiqués et unappareil nommé Versabraille est né. Cela consistait en un clavier de dactylo braille et d’un afficheur braille, le tout pouvant faire penser à un ordinateur portable braille rudimentaire. Eh bien, à l’aide de cet appareil, ma copine Lucie Laurence et moi nous amusions à transcrire des romans que nous lisions. Des livres transcrits en «braille informatique»… Quelle belle vision de ce que j’allais faire plus tard comme carrière!

Eh bien oui, c’était là une sacrée belle vision, car aujourd’hui, je transcris des livres en braille… pour la bibliothèque… À l’aide d’un ordinateur et d’un afficheur braille. Le tout sous forme de braille informatique avant d’être imprimé sur papier.

Je considère que je fais un métier merveilleux. transcrire des livres, donner accès à une foule de livres et ainsi de faire une différence pour des gens qui, comme moi, ne peuvent lire les documents imprimés avec autant de facilité que cela l’est pour la majorité. Permettre aux gens de prendre plaisir à la lecture grâce à des livres bien faits, quel bonheur!

Je vous retrouve très bientôt pour un autre petit bout de moi.

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