Des petits bouts de moi #5: Une deuxième famille

Après 4 années passées à titre de pensionnaire à l’école, j’allais franchir un nouveau tournant. En effet, l’école adopta une nouvelle politique qui voulait que le côté hébergement soit aboli. Pour que tous les élèves puissent continuer à fréquenter l’école normalement, il ne restait alors que deux solutions possibles: 1) les parents déménagent plus près de l’école; 2) Les élèves habitant trop loin de l’école se retrouvent dans des familles d’accueil qui s’occupent d’eux durant la semaine et ils retournent chez leurs parents la fin de semaine.

De mon côté, je me retrouvai dans la deuxième situation. Il fut donc décidé, au beau milieu de ma quatrième année scolaire, qu’on allait me trouver une famille qui allait m’accueillir 5 jours par semaine et que je retrouverais mes parents et mon frère la fin de semaine. Mais alors là… Imaginez un peu les milliers, ou peut-être les millions de questions qui affluaient dans ma tête! Moi, dans une autre famille que la mienne? Allaient-ils m’aimer? Allaient-ils faire une différence entre moi et leurs «vrais» enfants? Allais-je m’y sentir bien? Serais-je la bienvenue? Allais-je y trouver ma place? Allaient-ils tous m’aimer, dans cette nouvelle famille? Seraient-ils sévères? Aurais-je envie d’obéir à leurs règles comme j’obéissais aux règles chez moi? Les règles allaient-elles être bien différentes de celles de ma famille à moi?…

Autant de questions qui finiraient par trouver leurs réponses… Tout d’abord, j’eus l’extrême soulagement d’apprendre que j’allais être placée dans la même famille que mon ami Martin Chouinard, un excellent ami à moi dont je vous parlerai un jour, très sûrement. Donc, j’avais un ami sur les lieux; excellente nouvelle! J’ai donc, avant de rencontrer Monique, la maman de ma future famille d’accueil, bombardé mon ami Martin de questions. Comment s’appelait chaque membre de la famille? Quel âge avaient-ils? Comment étaient-ils? Comment agissaient-ils avec lui? Parlaient-ils déjà de la petite nouvelle qu’ils allaient bientôt accueillir? Et, patiemment, Martin a répondu à TOUTES mes questions. Jusqu’au jour où, sur l’heure du dîner, on me présenta une dame qui, au départ, me parut austère et pas tout à fait sympathique… Le tout sans savoir que cette dame qui s’était assise avec moi à la cafétéria était nulle autre que… Bon, bref, je demandai à Martin: «C’est qui cette bonne femme-là?» Rappelons ici que je n’avais que 9 ans, alors les premières impressions ne sont pas toujours exprimées avec tact à cet âge ingrat… (rire) Lorsque je sus que la «bonne femme» que je venais de rencontrer était nulle autre que celle qui allait m’accueillir pendant 2 ans, eh bien… je ressentis un malaise de l’avoir ainsi maltraitée par mes paroles et je tentai immédiatement de la voir autrement. D’ailleurs, elle n’était rien de ce que j’avais perçu ce jour-là…

Je fus donc, une semaine plus tard, accueillie chez les Aubé, une famille tout simplement adorable où j’ai passé 2 merveilleuses années. Monique et Yves étaient les heureux parents de Normand et Benoît, deux frères super gentils avec Martin et moi. Cette belle petite famille avait un atout majeur: ils s’entendaient tous à merveille et dégageaient une harmonie parfaite en tout temps. C’était ce que j’appellerais une famille modèle.

Étaient-ils sévères? Non!!! Du moins, moins avec moi qu’avec mon ami Martin (rire) qui devait faire l’effort de goûter aux mets qu’il n’aimait pas, alors que moi, je bénéficiais d’un steak le soir des fameux vol-au-vent… (rire) Il régnait là-bas une discipline saine, de façon à ce que le respect soit priorisé, mais pas d’autorité exagérée; juste ce qu’il faut. Étaient-ils gentils avec moi? Oh que oui!!! On aurait dit que j’étais la fille qu’ils n’ont pas eue. Ils m’ont chouchoutée, choyée, aimée comme si j’étais l’une des leurs.

Et, finalement, la grande question: y a-t-il de la place pour aimer deux familles en même temps? Eh bien, je dirais que oui, mais de façon différente. Je crois que notre coeur s’agrandit de façon infinie lorsqu’il s’agit d’aimer, n’est-ce pas? Alors, ai-je été bien et ai-je aimé les Aubé? Oh oui! Et j’ai de nombreux souvenirs impérissables avec eux…

C’est là, entre autres, que j’ai appris à jouer aux jeux vidéo. Eh oui! Même avec nos handicaps visuels, Martin et moi avions appris, grâce à nos deux frères d’accueil Benoît et Normand, à jouer avec eux à des jeux vidéo, en allant nous asseoir directement devant le téléviseur et hop! On s’amusait pendant des heures avec eux…

Monique aimait bien jouer dans mes cheveux et me faire mille et une coiffures, car j’avais les cheveux très longs. Mais, figurez-vous que j’avais un trait de personnalité très marqué, qui l’est encore aujourd’hui d’ailleurs: j’étais et je suis toujours extrêmement perfectionniste. Donc, lorsque Monique se transformait en coiffeuse pour l’occasion, je vérifiais toujours soigneusement si la coiffure était impeccable et si, par malheur, je découvrais un cheveu qui sortait de l’élastique ou que celui-ci était trop lousse et que des cheveux potentiels pourraient quitter le bel arrangement… eh bien, croyez-le ou non, je tirais et, d’un seul coup, je défaisais toute l’oeuvre d’art de Monique pour la refaire, sans mèches rebelles… (rire)

Il y avait une chose que Monique et Yves aimaient par-dessus tout: c’était lorsque je chantais. Mon père et moi avions appris une chanson ensemble dont tout mon entourage a entendu parler ou a connu notre interprétation. C’était une chanson qui faisait partie d’une histoire pour enfants intitulée «Émilie Jolie». Mon père et moi chantions la chanson titre de cette histoire ensemble et on faisait fureur chaque fois que l’on l’interprétait. Monique etYves me demandaient toujours pour la chanter.

Finalement, un dernier petit souvenir un peu cocasse: De temps en temps, j’avais comme un surplus d’énergie à dépenser rapidement et je partais, d’un seul coup, à courir d’un bout à l’autre de la maison en me jetant sur les divans et en me roulant par terre. J’en ai encore le fou rire en y pensant. Monique appelait ces débordements d’énergie ma «va-vite». Alors, lorsqu’une telle pulsion me prenait, on disait: «Tiens, Katia fait sa va-vite!» (rire)

Oh!!! J’allais oublier un souvenir très important de cette belle période de ma vie. yves était allé me reconduire, un jour où j’avais manqué mon autobus, à l’école. Ce matin-là, je lui posai des questions à savoir comment fonctionnait une voiture, comment on changeait les vitesse, comment on la mettait en marche, etc… Eh bien, c’est avec patience et douceur que ce cher Yves m’expliqua tous les rudiments de base d’une voiture! Il me montra même à la mettre en marche et à changer les vitesses! Et, je vous le dis, c’est à partir de ce moment que je développai une folle passion pour la route et tout ce qui se conduit! C’est aussi dès cet instant que je fis le rêve de conduire un jour et si, en revenant de mon traitement en Chine, je parviens à conduire un jour, vous imaginez bien que j’aurai une pensée pour yves qui m’aura fait découvrir le merveilleux nivers de l’automobile…

Voilà qui conclut le chapitre de mon enfance. Ensuite, je vais commencer, tranquillement, à aborder l’adolescence, le secondaire et bien plus encore…

C’est à suivre!

Merci de me lire et au plaisir d’avoir vos commentaires!

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