Des petits bouts de moi #4: La différence

Même si je vous avais promis un article intitulé «Une deuxième famille», je considère avoir fait un oubli dans le récit de mon petit bagage de vie. Alors, permettez-moi, si vous le voulez bien, une petite halte supplémentaire dans l’univers de mon enfance scolaire.

Étant donné que l’école Nazareth et Louis-Braille était la seule à offrir des services scolaires pour les personnes handicapées visuellement dans la région, il y avait, un peu comme dans la société en général, beaucoup de gens tous très différents les uns des autres, avec, dans certains cas, plusieurs handicaps en même temps ou même certaines personnes avaient, en plus de leur handicap visuel, une déficience au niveau intellectuel. C’est donc à l’école, durant ma vie de pensionnaire, que j’ai appris à fraterniser avec des gens de tous les niveaux de handicap et de tous les niveaux intellectuellement aussi. Évidemment, étant une personne hypersensible, chacune de ces rencontres spéciales m’a marquée énormément.

C’est à cette époque, déjà, que j’apprenais à m’occuper de ceux qui avaient plus de difficultés que moi, puisque les éducatrices nous demandaient de nous occuper des plus petits que nous ou, bref, de ceux qui ne pouvaient se déplacer seuls dans l’école. Étant donné que moi j’avais un peu de vision et que je n’avais aucune autre problématique à part mon handicap visuel, on me demandait d’amener, par exemple, des enfants qui avaient toutes sortes de difficultés, pour aller souper, disons. C’est alors que j’ai connu un de ces élèves en difficulté qui me pinçait continuellement pendant que je l,aidais à se rendre à la cafétéria (oh! combien je le craignais!), ou un autre qui sautillait pendant tout le trajet, etc… ou qui criait, ou peu importe… Cela m’a beaucoup marquée, mais j’ai immédiatement appris à développer mon sens de l’entraide. Et ce fut très facile, car j,adore aider les autres. Il m’arrivait, en grandissant, d’aider des élèves tout simplement plus petits que moi et qui ne savaient tout simplement pas encore s’y retrouver, dans cette grande école.

À un autre moment, on nous a demandé (moi je devais avoir environ 9 ans à cette époque) de passer du temps à l’heure du dîner avec des élèves en difficulté aussi, mais pas nécessairement ceux que l’on voyait le soir. J’ai donc dû m’occuper d’une petite fille entre autres qui adorait faire des casse-tête et elle m’adorait car j’en faisais avec elle chaque midi pour la désennuyer. J’étais infatigable et patiente et je l’aidais, si bien que lorsque les éducatrices m’ont demandé de m’occuper d’une autre élève, ma partenaire de casse-tête était bien triste de ne plus passer ses midis avec moi pour jouer. j’ai donc eu le bonheur de m’occuper de plusieurs personnes, comme ça, soit le midi, soit le soir, pour les aider ou les désennuyer, selon le cas.

Un petit garçon, entre autres, adorait jouer les animateurs de radio ou les présentateurs de météo. Moi, comme je savais que ça l’amusait, chaque fois que j’étais avec lui, je lui demandais de me livrer les récentes nouvelles ou les prévisions du temps et il s’animait soudain et m’inventait des bulletins d’actualité tous plus loufoques les uns que les autres, mais c’était beau de le voir s’animer lorsque j’arrivais près de lui pour jouer à faire de la radio… Disons que, généralement, j’avais le don de trouver des sujets qui passionnaient les petits dont je m’occupais et je me servais de ce qui les passionnait pour les faire rire ou rêver, selon le cas.

Mais, à travers toutes ces jolies expériences d’entraide, il faut quand même avouer qu’il y eut quelques ratés: deux personnes entre autres m’auront effrayée à un tel point que je me cachais lorsque je les croisais dans les couloirs. Un petit garçon qui mordait tout le monde… Alors, il s’approchait souvent de moi et hop! Il prenait une croquée dans ma joue… Oh mon Dieu! Combien j’ai pleuré! Chaque fois que je passais dans un corridor et qu’il était là, je m’enfermais dans une pièce jusqu’à ce qu’il parte. Et une petite fille qui me donnait la fessée avec mon propre sac d’école… Elle aussi m’effrayait énormément…

Mais, outre ces deux petites expériences pénibles, j’ai eu un plaisir fou à apprendre à connaître une foule de gens différents et à m’enrichir de leur présence.

Je vous retrouve au prochain article!

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