Des petits bouts de moi #3: La vie de pensionnaire

Bienvenue à la suite de cette petite série d’articles intitulée «Des petits bouts de moi». Lors de la dernière publication, je commençais à aborder cette période qui fut longue mais combien importante de ma vie où je dus passer mes semaines complètes à l’école et ne revenir chez moi que les fins de semaine. Mais pénétrons, pendant ces quelques lignes, dans l’univers de ces années où toutes les bases de mon éducation ont pris place et où j’ai appris bien plus que l’alphabet!

Évidemment, ce qui fut le plus dur pour moi était d’apprendre à fonctionner sans un pilier de ma famille à mes côtés. J’ai dû m’y consacrer entièrement et ce sans tarder, car nous vivions au moins une quinzaine de personnes ensemble et il fallait que je me fonde à ces gens déjà habitués à vivre en groupe.

Heureusement, pour m’aider dans cet apprivoisement radical, j’ai eu le bonheur de me faire deux amis qui m’auront infiniment facilité la tâche. Tout d’abord, Julie Berthelot, arrivée quelques années plus tôt, donc, déjà bien intégrée et familiarisée aux habitudes de l’école. En apprenant à la connaître, j’apprendrais bien vite à ne jamais me plaindre ni m’apitoyer: il y avait et il y aurait toujours pire que ce que moi-même je croyais le pire… Pourquoi? Parce que j’appris, en discutant avec Julie, qu’elle avait perdu sa mère à un très bas âge et elle ne voyait que très rarement son père et sa soeur. La fin de semaine, alors que moi j’avais l’immense bonheur de retrouver les miens, Julie était recueillie par une famille d’accueil. Et Dieu sait qu’elle a dû changer souvent de famille, pour toutes sortes de raisons dont je ne connais ou ne me souviens pas vraiment de la nature. Alors, Julie apprenait à se créer un environnement familial partout où elle s’installait et à jouir de tout ce qui l’entourait. Elle était presque toujours joyeuse, sauf lorsque la nostalgie lui prenait. Donc, en général, je pourrais dire de Julie qu’elle savait créer de la joie n’importe où, bref, partout où elle se trouvait. Alors, après avoir pris connaissance de son histoire, je me trouvais bien chanceuse de retrouver mes parents et mon frère toutes les semaines, même s’ils me manquaient énormément. J’ai donc décidé d’apprendre, avec elle, à créer de la joie partout où j’allais passer. Il est à noter que cet apprentissage m’aura été très salutaire, car je suis toujours ainsi aujourd’hui. Je suis joyeuse partout où je passe! Et puis, il s’est avéré que Julie m’a aimée tout de suite et a développé une confiance inébranlable en moi. On dirait qu’elle croyait que je pouvais tout faire, peu importe les difficultés. Je me suis même déjà perdue avec elle à mon bras et elle n’avait même pas peur puisque c’est moi qui la guidais. 🙂 C’est donc à travers nos jeux tous plus fous et bizarres les uns que les autres que j’ai pu créer mon petit univers joyeux, après la classe, bien sûr! Car Julie et moi n’étions pas ensemble en classe mais bien après l’école. Il faut dire ici que Julie était totalement non-voyante alors que pour ma part, j’ai tout de même, pour m’aider, un 10% de vision fort utile. C’est pourquoi je pouvais la guider lorsque nous sortions et qu’un jour, une de mes distractions nous aura fait nous égarer un peu, mais vraiment pas longtemps… (rire) Nos jeux étaient fous et bizarres car vraiment pas nécessairement équitables et je vous avise tout de suite, ce n’est pas moi qui jouais les rôles les plus désavantagés, car ma bonne amie Julie se prêtait toujours volontaire pour les occuper! C’est ainsi qu’elle pouvait se retrouver à devoir m’attraper alors que je faisais semblant de me sauver d’elle à toute vitesse à bord d’un tricycle (oui oui, je me promenais à la course avec un tricycle à l’intérieur de l’école!). Inutile de vous dire que c’était totalement injuste puisque Julie était à pied et qu’en plus, elle n’avait que le son de mon super bolide pour se donner une idée de la direction que j’avais prise… Ou bien, elle pouvait se retrouver dans une espèce de cabane de carton, spécialement conçue pour qu’on puisse y entrer pour jouer) et à devoir, pour les besoins du jeu, faire semblant d’y être coincée… Mais consolez-vous, nous avions aussi des moments de jeu conventionnels, du style au père et à la mère, etc… (rire) Avec elle, j’aimais aussi aller me balancer dans le jardin tout en chantant à tue-tête. C’était donc ma première vraie grande amie.

J’ai eu aussi le bonheur d’avoir un complice académique hors pair et aussi un excellent ami: Stéphane Doyon. Lui ne dormait pas à l’école, alors on ne se voyait que durant les heures de classe. Mais combien il était attentionné et sympathique. Aussi, nous partagions un aspect très important de la vie scolaire: nous étions studieux et sérieux en classe. Disons que nous étions les petits génies de notre classe, des espèces de surdoués qui adoraient apprendre et travailler toujours plus pour réussir toujours mieux. En plus d’être génial, Stéphane possédait une grande écoute; je pouvais donc me confier aisément à lui lorsque le besoin s’en faisait sentir et c’était avec une maturité exemplaire qu’il prêtait son oreille à mes confidences.

D’ailleurs, je vous offre ici une savoureuse anecdote concernant mes deux complices d’école: mon papa avait composé une petite chanson qui racontait très bien comment ça se passait à cette époque. J’étais arrivée, une fin de semaine, avec un petit bout de mélodie que j’avais entendue durant la semaine. J’ai pris ma flûte à bec et je l’ai jouée à mon cher papa qui décida d’en composer un autre petit bout pour compléter un petit couplet. C’est alors qu’il m’interrogea sur la vie à l’école, sans m’expliquer pourquoi il me posait toutes ces questions. Comme j’adorais (et j’adore toujours) parler, je me prêtai de bon gré à cette petite entrevue. Un peu plus tard, il me chanta, avec le petit bout de mélodie que je lui avais rapporté et son complément à lui, la chanson que voici, que j’ai chanté pendant toute mon enfance par la suite:

«Stéphane mon ami
Stéphane mon ami
Tu es tellement gentil
Que de toi je m’ennuie
À la classe le matin
Nous allons main dans la main
L’important dans la vie
C’est d’avoir un ami

Le soir après l’école
On s’amuse, on rigole
On chante avec Julie
Avec tous les amis
On a une belle atmosphère
On est fier de la Volière
Moi j’aime bien les chats
Mon nom est Katia».

Il faut noter ici que la Volière était le nom qui était donné au module dans lequel j’étais classée, qui était constitué de tous les jeunes enfants. Il y avait, pour les adolescents, Les Coccinelles et les jeunes adultes se retrouvaient au Grenier. Il y avait donc 3 modules de pensionnaires. Moi, j’étais chez les plus jeunes, à la Volière.

en plus de mes deux grands amis, j’eus le plaisir d’avoir un autre ami réconfortant, très réconfortant même et aussi très fidèle: Offenbach. Qui était Offenbach? Un magnifique ours en peluche qui, au tout début de sa longue vie, était ravissant, tout neuf, tout beau, tout rempli de peluche moelleuse. Mais il termina sa vie bien flétri, le corps presque vidé de son contenu pelucheux et avec le nez tout écrasé… (rire) C’est qu’il me suivit très très longtemps, ce cher Offenbach. Et quand je dis suivre, cela veut dire PARTOUT, même dans la piscine! Je dormais avec lui TOUS les soirs, en prenant soin, pour m’assurer de l’avoir avec moi toute la nuit durant, de le placer en dessous de moi. Je dormais donc à plat ventre sur mon ami de peluche. Il a consolé beaucoup de larmes, partagé beaucoup de joie aussi. Il est donc venu aussi à l’école avec moi, mais il n’était pas question qu’il assiste à mes cours! Mais… N’allez pas imaginer qu’il n’est jamais venu en classe… Il est venu une seule fois, dans le sac de mon joyeux complice Stéphane… (rire) Heureusement que c’est la gentille Rita qui l’a trouvé; je n’ai pas été très punie. En fait, pas par elle, mais par les éducatrices qui m’attendaient au retour de la classe, en se demandant où je pouvais bien l’avoir mis… (rire) Offenbach est légendaire dans ma faille. Tout le monde l’a connu et même mes cousines ou petites amies ne s’avisaient jamais de me le prendre, ou s’ils essayaient, c’était de courte durée, car ma mère était immédiatement alertée… (rire)

Durant mon primaire, j’eus également le plaisir d’avoir des professeurs adorables. En première année, Micheline, donc je semblais être le chouchou, qui m’appelait «Mademoiselle la Fée» et qui me prenait sous son aile chaque fois que nous avions des sorties parascolaires. Je travaillais bien et je crois qu’elle adorait ça. Et puis il y eut Rita, qui se nomme maintenant Roseline. Rita, telle qu’on la connaissait à l’époque, était vraiment la meilleure institutrice au monde selon tous ceux à qui elle a enseigné. Avec elle, si je vous disais que tout le monde finissait par adorer l’école… Elle avait le tour, croyez-moi! Pour elle, chaque élève était le plus important. On se sentait tous quelqu’un de grand à ses côtés et on avait juste envie de se dépasser. Lorsqu’on recevait ses félicitations et que l’on savait qu’elle était fière de nous, nous nous sentions vraiment comme les meilleurs au monde! Elle avait le don de nous donner cette place qu’on n’avait qu’à prendre si on désirait être heureux en classe. C’était aussi simple que ça. elle inventait des jeux pour nous faire retenir les règles de grammaire: Monsieur Pluriel qui venait s’ajouter partout où il y avait plus d’une chose… Le G qui était doux devant un E ou un I mais qui devenait furieux devant un A, un O et un U… Le C qui était tout comme le G, mais qui se faisait adoucir par la cédille qui le forçait à être doux même devant un A, O, U… (rire) Et on en faisait des petits sketches même! Et il y en avait bien d’autres de ces petits jeux inventés par Rita/Roseline… En mathématique aussi, avec mes dames Unité, Dizaine et Centaine ainsi que Monsieur Millier, ainsi que la police Zéro… Plein de trucs qui faisaient que même calculer était amusant.

Et puis, au module, c’était les éducatrices qui nous apprenaient à être autonomes, à faire notre lit le matin, à laver notre bain après en être sortis chaque soir, à bien se tenir à table, à manger proprement, etc… Toutes ces petites choses qu’on apprend chez soi, moi, je l’apprenais un peu chez moi et beaucoup à l’école.

Bon, assez parlé d’école. Lors de mon prochain article, je vous promets un autre petit bout de moi où je vous entretiendrai au sujet d’«une deuxième famille».

Au plaisir de lire vos commentaires!

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