Des petits bouts de moi #21: Lorsqu’une bulle devient une cage…

Tous ceux qui me côtoyaient entre 1991 et 1994 auraient facilement cru qu’Éric et moi aurions été des inséparables jusqu’à la fin des temps et, honnêtement, nous aussi, on y croyait! Nous avions l’air du parfait couple du prince et de la princesse qui vécurent heureux toute leur vie durant et que rien n’aurait pu séparer.

Nous avions décidé, une fois fiancés, de prendre notre envol à deux en allant habiter en appartement. C’est dans un 3 pièces et demie de la rue Bruges à Longueuil que nous avons commencé notre vie à deux. Quelle sensation extraordinaire c’était d’être dans notre chez nous! Quelle liberté incroyable! Je me sentais si bien… J’avais l’impression que ma vie d’adulte commençait là, à ce moment précis, et que mes racines de femme allaient s’implanter à partir de cette période cruciale de ma vie.

Déjà, tout commençait à merveille pour moi. Avec l’importante indemnité que j’avais reçue suite à mon accident, j’ai pu me meubler entièrement, en neuf, rien de moins! Alors, je commençais ma nouvelle vie avec tout ce dont j’avais besoin et plus encore! Et j’avais mon amoureux, qui prenait soin de moi comme de la prunelle de ses yeux et qui me donnait tout de lui et tout son temps.

Partagée entre mes études au cégep, ma carrière de chanteuse et mes moments avec mon bien-aimé, tellement absorbée que j’étais par ce train de vie extraordinaire, je ne m’apercevais pas qu’une chose très sournoise s’installait, tellement en douceur que je ne voyais rien venir…

Éric et moi avions presque tout en commun, sauf une différence majeure: lui ne semblait pas avoir besoin d’avoir une vie sociale très remplie. Il n’avait qu’un seul ami et cela lui suffisait. C’était ainsi qu’il voulait sa vie sociale et c’était souvent moi qui lui suggérait de passer du temps avec son ami, car par lui-même, cela ne lui venait même pas naturellement. Donc, pour lui, c’était tout naturel d’être toujours avec moi, 24 heures sur 24 et que tout tourne autour de notre petite bulle à nous deux. Moi, pour ma part, j’ai toujours eu besoin d’être entourée d’amis; que dis-je, de beaucoup d’amis! J’ai toujours eu une vie sociale très active où mes nombreux amis ont une place de choix. Bien entendu, j’ai toujours su accorder la priorité à celui que j’aime, mais pour moi, les amitiés sont précieuses et je ne manque jamais de leur accorder une attention particulière.

Il se produisit donc une chose très subtile: Éric n’ayant besoin que de notre couple pour être heureux, tout s’est vite mis à tourner autour de nous deux uniquement. Sans même m’en rendre compte, je ne donnais presque plus de nouvelles à mes amis; je ne fréquentais ma famille que dans les spectacles que nous donnions ensemble, au lieu d’aller les visiter régulièrement comme j’avais l’habitude de le faire par le passé… Éric se sentait facilement frustré par eux et se retirait très souvent durant que nous étions tous ensemble, ce qui créait toujours une espèce de malaise entre ma famille et lui… Bref, nous étions soudés ensemble, tant et si bien que si l’un n’avait pas envie de participer à une activité donnée, l’autre n’y allait pas non plus, même si ça lui aurait peut-être plu, au fond… Nous nous sommes rapidement fondus l’un dans l’autre, dans une espèce de symbiose bienheureuse au début, mais qui, à la longue, a fini par devenir un peu étouffante pour moi…

En prenant conscience de cet état de choses, j’ai commencé à m’ennuyer de mes précieux amis et, un tout petit pas à la fois, j’ai tenté d’amener Éric à accepter que je me remette à les voir de temps à autre. C’est ainsi que j’ai pu, très doucement, recommencer à fréquenter mes amis, en commençant par ceux qui n’avaient aucune attirance amoureuse pour moi. Le problème, en ce qui me concerne, c’est que mon cercle d’amis est principalement composé d’amis masculins (j’ai une ou deux amies féminines pour une bonne dizaines d’amis masculins). Donc, j’ai pu commencer par voir tous ceux qui acceptaient de n’avoir que mon amitié, sans plus. Mais pas question de revoir ceux qui acceptaient mon amitié tout en rêvant secrètement d’avoir plus… Cela, Éric ne pouvait pas l’envisager, étant de nature plutôt jalouse…

L’autre problème qui s’est vite présenté, c’est que j’ai fini par avoir inévitablement envie de revoir aussi cette dernière catégories de mes amis qui acceptaient d’être de bons copains, mais qui auraient bien volontiers accepté davantage de moi. (rire) Oui, je les appréciais aussi, ces amis-là, et je ne parvenais pas à me faire à l’idée de ne pas les voir…

C’est ainsi que, tout aussi doucement que c’était installé tout le reste, j’ai eu une irrépressible envie d’avoir à nouveau des nouvelles de Miguel, dont je n’avais pas entendu parler depuis notre rupture en juin 1991. Après m’être sentie aussi rejetée par lui lorsqu’il avait touché aux ravages laissés sur mon corps par l’accident, je ne l’avais plus jamais rappelé… Mais, trois ans plus tard, voilà que je me demandais ce qu’il devenait, comment il allait, etc. Et puis, ce qu’Éric redoutait probablement entre toutes choses a fini par se produire… J’ai tout de même rappelé Miguel pour prendre de ses nouvelles. En entendant sa voix après ces trois années de silence, mon coeur a fait un bond… «Zut! Il ne faut pas! Mon coeur ne doit pas battre la chamade ainsi parce que je parle à Miguel. Surtout pas!», que je me disais, paniquée jusqu’au plus profond de moi-même… Je ne voulais pour rien au monde altérer ma relation avec Éric. Tout ce que je souhaitais était de renouer avec tout mon cercle d’amis. Mais…

Évidemment, j’ai fini par tout de même obtenir l’assentiment d’Éric pour pouvoir revoir Miguel… Juste une fois… En présence de sa mère et de son beau-père, en plus! Rien d’intime, aucune romance dans cette visite que j’allais lui rendre… Mais, tout le monde sait bien qu’il est absolument inutile que le cadre soit romantique pour que le coeur palpite… Après cette journée passée auprès de Miguel, tout en moi était bouleversé… Je ne savais qu’une chose: je voulais le revoir…

Durant les jours qui ont suivi cette visite décisive, j’étais si torturée entre le désir de maintenir ma relation actuelle de toutes mes forces et le besoin impérieux de revoir Miguel et de lui donner de plus en plus de place dans mon décor… Plus les jours passaient, plus je multipliais les prétextes et les occasions pour l’appeler, lui demandant de l’aide pour toutes sortes de situations où je le savais assez compétent pour me donner de bonnes informations. L’informatique était donc tout désigné pour ce genre d’aide dont j’avais besoin de sa part. Bien sûr, à travers ces conversations dites formelles s’inséraient des parenthèses de plus en plus longues où l’on se racontait comment on avait vécu ces trois années. Miguel en a évidemment profité pour me glisser au passage que je lui avais manqué et qu’il s’excusait pour la réaction stupide qu’il avait eue face à mes cicatrices. Tout reprenait donc tout doucement place… Puisqu’il s’était excusé, il était automatiquement pardonné et, donc, toutes mes réticences à son égard disparaissaient en même temps.

Éric, pendant ce temps, se rendait bien compte que quelque chose se tramait en moi. Je devenais différente, lunatique, distante… J’essayais si fort de rester la même, mais ces choses-là se contrôlent si mal… C’est alors qu’un jour, l’inévitable survint…

Par une belle et chaude journée de juillet 1994, Éric, n’en pouvant plus de me sentir aussi lointaine et perturbée, me dit quelque chose qui ressemblait à ceci: «Écoute… Je sais que tu as envie de retourner avec lui… Même si tu fais tout pour être présente avec moi, je vois bien que ton coeur n’y est plus et que tu démanges pour y retourner, alors vas-y…» C’est ainsi que, dans la déchirure absolue, notre relation a pris fin. Je parle ici de déchirement car ce n’était pas une question de mésentente entre nous ni de manque d’amour; c’était parce que je m’étais sentie étouffée par la tournure isolée qu’avait pris notre relation et que tout s’est passé si vite et de façon totalement inattendue pour moi…

Il a donc été convenu que j’allais conserver l’appartement et qu’Éric allait retourner auprès de ses parents. De mon côté, je suis allée annoncer la nouvelle à Miguel, qui a dû faire montre d’une grande patience avec moi malgré toute sa joie de m’avoir à nouveau près de lui, car j’étais très perturbée par ce qui venait d’arriver dans ma vie et même si j’étais heureuse de lui revenir, j’étais aussi triste de cette rupture déchirante avec Éric.

Tout a fini par se replacer, cependant. Il faut dire aussi que j’ai pu compter sur l’amitié indéfectible de Martin, un ami d’enfance dont j’ai déjà parlé plus tôt, qui m’avait ramené à la musique Country sans même l’avoir fait exprès et qui aura toujours été une grande inspiration pour moi dans la réalisation de nombreux projets. Martin était parti de l’Abitibi où ses parents habitaient pour venir passer quelques semaines en vacances à Montréal. Durant ces dites vacances, je lui ai offert d’habiter chez moi. Il a donc été une oreille des plus attentives et un ami définitivement précieux durant tous ces bouleversements que je vivais. Il savait me faire rire et me distraire tout autant que m’écouter; ça faisait tellement de bien!

Mais, maintenant que mon pas vers Miguel était fait, ce retour à l’amour avec lui a-t-il été aussi heureux et durable que je m’y attendais? Je répondrai à cette question dans le prochain Petit bout de moi.

Merci pour votre belle assiduité et aussi de commenter au bas de cet article, si le coeur vous en dit.

Au plaisir de vous lire!

Commentaires sur ce billet

  1. Louise Ouellette says:

    Bonjour ma Puce…je crois que tu as un don pour l’écriture …tu sais si bien raconter les choses..on s’y croirait présente..continue ,j’ai hate de lire la suite ..bisouxxx

    • Oh! Louise! Tu me fais beaucoup de bien. Tu sais, écrire des bouts de sa vie comme je le fais est un plaisir, presque une thérapie même parfois. Mais le plus gros défi est de se livrer à nos lecteurs sans froisser personne de ceux qui ont fait partie de notre entourage au moment de la tranche de vie qui est racontée. Pour moi, le but est toujours simplement d’expliquer comment moi j’ai ressenti ces étapes de ma vie. Mais jamais je n’ai rejeté le blâme sur les gens qui m’ont entouré à un moment ou à un autre. Au contraire, je crois que chaque personne qui croise ma route est précieuse et que j’ai énormément à apprendre d’elle. Merci pour ton commentaire. Tu es adorable! Je vais continuer, bien sûr, et j’espère te relire bientôt. Encore un gros merci!

      • Annabelle Ayotte says:

        Salut ma belle Katia, je suis très étonné de ton texte mais j’adore lire. Je viendrai lire tous les romans lorsque tu les écriras. Bonne journée prends bien soin de toi.

  2. Chantal says:

    salut ma belle katia,je me souviens de cette période du temps que tu restait avec Éric.On ce parlait régulièrement dans ce temps l’a.Cela n’a pas été facile.

    Tu as vraiment le savoir écrire ma belle, j’aurais crû le revivre une autre fois. Je pense souvent à toi et je suis le succès de ton père de très proche. Je suis tellement fière de lui que j’ai de la difficulté a le contenir.

    Continue d’écrire tu es géniales. je t’embrasse et j’ai
    hâte de lire la suite. xxx

    • Wow! Chantal! Ça c’est une belle surprise! Ça fait si longtemps… Quel bonheur de te lire, de voir que tu me suis toujours, même si nos occupations nous ont entraînées dans un tourbillon qui nous a empêché de rester en contact durant plusieurs années. Ça me touche de voir que tu t’y croirais. Comme tu étais là à cette époque (et Louise aussi, bien sûr, plus haut), eh bien, si vous me dites que j’arrive à bien le rendre, j’en suis très touchée. C’est vraiment le but. De bien raconter et surtout de parvenir à faire ressentir comment je me sentais, au niveau émotif, durant toutes ces étapes de ma vie qui ont été très importantes. Tu es super fine! Et puis, pour mon père, eh bien, oui,tu dois être vraiment très heureuse. Je t’imagine! Aussi intense que moi! (rire) Moi aussi, tu sais, je suis vraiment heureuse et très fière de lui aussi. Après 45 ans à rouler sa bosse et faire ses preuves constamment, il était temps qu’il puisse enfin savourer tous les fruits de son dur labeur. Un gros merci pour tes super bons mots pour moi et aussi pour mon père. Au plaisir de te lire à nouveau, chère Chantal! xxx

  3. Monic Dubé says:

    Vivement la suite, tes petits bouts mis bout à bout deviennent comme un roman et ça se passe dans la vraie vie. J’ai très hâte de te retrouver. Ciao! Bonne journée.

  4. Lucille Dagenais says:

    Bonjour Katia,
    Je viens de t’écouter à La Victoire de l’amour avec ton père. Quel courage tu as ! Et quelle sérénité dans ton beau sourire qui me rappelle que mes petits bobos sont des riens à côté des grands défis que la vie t’envoie.
    Continue de semer la joie au tour de toi. Je te souhaite bonne chance pour ton traitement en Chine. Mais tu as déjà , ce qui est le plus important, LES YEUX DU COEUR. Mes prières t’accompagnent.

    Et si vous pouviez garder votre coeur en émerveillement devant les miracles quotidiens de votre vie, votre douleur ne vous semblerait pas moins merveilleuse que votre joie.(Kahil Gibran)

    Lucille

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