Des petits bouts de moi #20: D’amour et de musique

Voilà que, après toutes les épreuves que j’avais traversées entre octobre 1990 et juin 1991, ma vie était totalement de retour sur les rails. Mes études reprendraient à l’automne, ma santé était aussi parfaite qu’il était possible de l’être et, bonheur suprême, j’étais amoureuse.

J’ai dû reprendre mes études collégiales comme si je n’y étais jamais allée, n’ayant eu le temps d’étudier qu’un seul mois avant que ne survienne l’accident. Mais qu’à cela ne tienne! J’ai pu vivre chaque cours intensément et, puisque j’avais déjà vécu un bout de l’expérience l’année précédente, je savais au moins à quoi m’attendre et je n’étais pas dépaysée face à la nature ou à la charge du travail demandé.

J’ai donc suivi tous mes cours de musique avec beaucoup d’intérêt et une grande curiosité, car le classique était pour moi un genre presque totalement inconnu. J’apprenais donc non seulement à l’écouter avec des oreilles toutes neuves, mais en plus, j’en découvrais toutes les subtilités et structures. J’ai appris à connaître la musique sous tous ses aspects, étant capable d’analyser tous les détails d’une pièce et le pourquoi de chaque note. C’était franchement fascinant!

Au Cégep, nous devions choisir deux instruments que nous souhaitions étudier. Mon choix s’est arrêté sur le chant comme instrument principal et le piano à titre d’instrument second. Mais un jour, cet ordre des choses allait être modifié, à tel point que les directeurs du département de musique en sont restés bouche bée.

Parallèlement à ces études qui occupaient 5 jours sur 7, il y avait mon amoureux qui prenait toute la place dans mon coeur. Nous nous voyions aussi souvent que cela nous était possible, mais, rapidement, ces fréquentations espacées ont fini par nous lasser. Nous avions besoin de plus. Nous voulions être ensemble tout le temps, nous réveiller ensemble tous les matins et nous retrouver dès que mes journées au Cégep étaient terminées. Bien sûr, à ce moment, nous vivions chacun chez nos parents, alors pour en venir à être toujours ensemble, il aura fallu beaucoup de temps et quelques confrontations, aussi, malheureusement.

Après s’être fréquentés durant au moins un an en se visitant l’un et l’autre, nous nous sommes dit qu’il fallait penser à une façon de parvenir à vivre  ensemble sans froisser personne dans nos familles respectives. Quel défi! Oui, car l’entente n’était pas parfaite entre ma mère et Éric. Donc, je n’ai pas l’impression qu’elle voyait d’un très bon oeil que cette relation en vienne à lui arracher sa fille. Mon frère ayant quitté la maison quelque temps auparavant, il ne restait avec ma maman que ma grand-mère, ma tante Marjolaine et moi. Du côté de la famille d’Éric, ses parents m’adoraient et j’étais la bienvenue chez eux comme si j’étais chez moi. D’ailleurs, il était facile pour moi de me sentir bien avec eux et, en effet, je me sentais aussi bien que si j’étais chez moi. J’avais une entente exceptionnelle avec Louise, ma belle-maman, à qui je me confiais beaucoup. Puisque entre ma mère et moi, c’était relativement houleux et qu’en plus, Éric et elle n’étaient pas dans les meilleures dispositions, Louise était souvent l’oreille qui recevait toutes les peines que je vivais alors face à toutes ces situation compliquées qui m’attristaient tant.

Un jour, ma belle-famille me proposa d’aller vivre avec eux. Ainsi, j’allais pouvoir être toujours avec mon bien-aimé et l’espèce de tension qui existait entre ma mère et lui serait éliminée, puisqu’ils auraient beaucoup moins à se côtoyer de cette façon. L’idée m’a immédiatement enchantée, évidemment, mais croyez-moi, ma maman n’a pas du tout été séduite par ce projet. D’ailleurs, une fois que ma décision de quitter la maison fut définitivement prise, c’est en cachette que j’ai tout mis en branle pour aboutir à la réalisation de mon projet. Je faisais des boîtes avec Éric lorsque ma mère était absente de la maison, j’apportais des choses au fur et à mesure que j’allais visiter Éric, etc. Tout s’est fait très doucement, jusqu’à la date fatidique qui fut décidée où mes beaux-parents allaient venir nous chercher et où, finalement, j’allais emporter le reste de mes choses d’un seul coup.

Ce fameux soir où j’ai quitté l’appartement familial avec toutes les boîtes qu’il me restait à déménager ainsi que mes appareils électroniques, ce fameux soir où la coupure du cordon fut définitive, ce fut très dur… J’avais eu une prise de bec avec ma mère juste avant mon départ et lui avais dit, comme ça, à brûle-pourpoint: «De toute façon, tu n’auras plus à te casser la tête, car je m’en vais.» Je pense qu’entre lui avoir dit ça et lui avoir asséné un violent coup en pleine figure, il n’y avait pas de réelle différence. Ma maman a pris les choses très difficilement, je crois. On s’est alors disputé encore davantage, jusqu’à dire des choses qu’on n’aurait pas voulu se dire… On a pleuré, on s’est déchiré, mais je suis partie…

Ma mère m’avait demandé de venir chercher mes meubles pendant qu’elle ne serait pas là; elle ne voulait pas assister à cette scène et je la comprenais. C’est donc ce que nous avons fait. Puis, ça aura pris plusieurs semaines avant que nous recommencions à nous parler. Il aura fallu se réapprivoiser, recommencer notre relation d’une façon nouvelle, car le rapport mère-fille avait changé. Désormais, nous n’étions plus en rapport d’autorité d’une mère face à sa fille, mais plutôt deux personnes à égalité et qui se donnent un même respect l’une à l’autre. Ça changeait toute la perspective.

Je me suis donc établie chez mes beaux-parents, ce qui était formidable. J’y étais bien, traitée comme si j’étais la fille qu’il n’avait pas eue, donc, comme une petite princesse! J’adorais ma belle-famille. Et puis, quel bonheur d’être avec celui qu’on aime presque 24 heures par jour!

Pendant que je n’étais pas au Cégep, la musique continuait à m’envahir, puisque Éric était un excellent musicien, jouant de la guitare comme un pro et en plus, il composait des chansons fantastiques! Puisqu’il possédait un équipement qui nous permettait d’enregistrer des démos, il n’était pas rare de nous entendre chanter ensemble des chansons qu’Éric avait composées, lui nous accompagnant à la guitare.

Par un beau samedi, je découvris que mon amoureux avait en sa possession, en plus de sa guitare acoustique et sa guitare électrique, une magnifique basse. Wow! J’ai toujours été fascinée par cet instrument extraordinaire dont mon père jouait lorsqu’il avait son orchestre dans les différents cabarets où il assumait le rôle d’orchestre maison avec son groupe. Mon papa était bassiste et j’étais toujours très impressionnée d’entendre le son de cet instrument, si profond et puissant, appuyant solidement le rythme imposé par la batterie. Pour moi, ce son était synonyme de puissance, de profondeur, de fondation, de rythme et de sécurité, même. Tant qu’il y a une batterie et une basse qui maintiennent une même ligne musicale dans une chanson, tout le reste de l’orchestre peut s’asseoir sur cette structure et aller au bout du monde! Mais j’avais l’impression que ça prenait de grandes mains fortes et puissantes pour jouer de la basse, pas de toutes petites mains délicates comme les miennes! (rire) Eh bien, erreur! J’aurai tout le plaisir de prouver le contraire à qui voulait bien l’entendre!

Voyant ma fascination pour la basse, Éric s’est mis à patiemment m’en apprendre les rudiments. Je me mis donc à pratiquer tous les jours ce qu’il m’apprenait. Je faisais jouer des CD et je tentais d’accompagner chaque chanson que j’entendais avec la basse, comme si je voulais en faire la trame moi-même. J’apprenais ainsi comment on en jouait, dans toutes sortes de contextes puisque dans toutes sortes de chansons de tous les styles. Puis, voyant que cette passion était réelle et totale chez moi, je décidai d’apporter quelques modifications à mes instruments étudiés au Cégep.

C’est ainsi que je troquai le piano contre la basse électrique comme instrument second! Oh que oui! Enfin, je suivais des cours de basse! J’ajoutais à tout ce qu’Éric m’avait appris. J’apprenais tout l’aspect technique de cet instrument, entre autres à jouer sans que les cordes inutilisées vibrent en même temps que celle avec laquelle je voulais jouer. Puis j’apprenais toutes les gammes, puis des gammes avec des intervalles, etc. Le tout de plus en plus vite, ce qui me donnait toujours plus d’aisance dans mon jeu. Puis, j’apprenais aussi à improviser sur des accords donnés par mon professeur, etc. Aux examens, j’avais des chansons complètes à jouer à un autre professeur qui allait me donner une note sur ma performance.

Bref, après avoir suivi un an et demi de cours de basse, je peux vous dire que j’étais devenue une véritable petite virtuose de cet instrument et j’épatais franchement mon entourage, en particulier mon papa qui décida de me recruter pour être bassiste dans notre groupe lors des spectacles que nous donnions en famille. C’était extraordinaire! Je connaissais tellement bien les chansons de notre spectacle, et puis en jouant de la basse en permanence, j’étais donc disponible pour faire les harmonies vocales de tous les membres de la famille durant leurs prestations. J’ai adoré cette période où j’ai accompagné ma famille à la basse et elle aura duré quelques années, jusqu’à ce que la naissance de mon petit Olivier vienne ralentir mes activités professionnelles.

Nos amours se poursuivirent ainsi, si bien que nous avons décidé de donner un caractère encore plus officiel à notre union. C’est en décembre 1993 que nous avons célébré, avec nos deux familles réunies, nos fiançailles. Cet événement a d’ailleurs été souligné par une chanson dont j’ai signé le texte complet: «Promesse d’amour» et qui a figuré sur l’album duo que nous offrions à nos fans la même année: «Quand on est ensemble».

Donc, nous étions réellement fondus l’un dans l’autre, faisant de la musique ensemble sur disque en plus d’être amoureux fous. C’était, sur disque comme dans la vie, un pur modèle de bonheur. L’impression que les gens avaient en nous écoutant chanter aurait été la même s’ils avaient eu la chance de nous côtoyer.

Est-ce que ce bonheur apparemment éternel a pu durer ainsi sans aucune turbulence? C’est ce que vous découvrirez dans le prochain «petit bout de moi».

Au plaisir de lire vos commentaires et, bien sûr, de vous répondre!

Commentaires sur ce billet

  1. Denyse says:

    Oufffffff que j’adore te lire ca pas de bon sens comme c’est intéressant. Tu devrais écrire un livre sur le marché. Bravo Katia!! xoxo Je t’aime beuacoup belle voix.

  2. JEANNINE LATREILLE says:

    tu sais katia j ai toujoura hâte a la suite félicitation a ton courage et ton travail tu fais honneur a la femme je t aime beaucoup janine et michel xxooxx

    • Un gros merci Jeannine! J’ai tellement de plaisir à vous offrir ces petits bouts de ma vie. Je suis toujours heureuse de lire que vous en voulez encore davantage. J’en ai tout plein de petits bouts à offrir. Merci pour votre fidélité!

  3. Boudreau Lise says:

    Super ton histoire ,j ai toujours hâte de te relire.Merci de nous partager cette histoire de ta vie qui est touchante,émotive qui pour moi me touche beaucoup.Continue à nous émouvoir et je sais que sa te prend beaucoup d’efforts pour pouvoir continuer cette histoire qui es la tienne.Milles bisous xxxxxx. (Une fan de Paspébiac )

    • Un gros merci Lise. Oui, ça demande un certain effort, surtout de bien se remémorer les événements, les remettre en ordre et parvenir à en traduire chaque émotion avec la bonne dose, tel que cela fut réellement vécu. Mais je dirais que ce qui est le plus difficile, c’est de raconter les choses avec un maximum d’honnêteté, sans toutefois froisser qui que ce soit, dans des cas où des conflits sont survenus, par exemple. Dire les choses comme elles sont, mais en faisant bien ressentir que ce n’était la faute de personne dans les situations complexes, mais qu’elles ont été vécues, simplement, et qu’il aura fallu en tirer le meilleur parti. Mais j’ai un tel plaisir à vous offrir mon histoire et ça me rend heureuse que vous l’aimiez. Merci de me lire et de commenter. Ça me touche chaque fois.

  4. denise says:

    j’aime tellement te lire

    • Merci beaucoup Denise! Merci de me lire et de prendre le temps de comenter. J’espère que la suite de ces petites tranches de vie saura vous plaire également. Au plaisir de vous retrouver!

  5. Diane says:

    Wow félicitation ma belle Katia ….Tu est super , j’ai toujours hâte de te lire, merci de partager tes merveilleux souvenir , ton histoire nous enchante
    tu est vraiment merveilleuse , continue le petit bout de toi, bravo , on t’aime xx une fan de Montmagny

    • Chère Diane, un gros merci pour ce beau commentaire! Certainement que je continuerai à vous offrir ces petits bouts de moi. Je suis si heureuse que vous les aimiez. C’est loin d’être terminé! J’ai 18 ans à la fin de celui-ci. Il me reste encore 20 ans de ma vie à vous offrir. (sourire) Alors, on continue! Merci de me lire et au plaisir de vous lire à nouveau aussi.

  6. Jocelyn St-Pierre says:

    Bonjour Katia!
    Merci de partager ces petits bouts de votre vie. Vous êtes un ange de bonté, un ange d’amour. J’ai hâte de lire la suite….
    P.S. À quand un prochain album, on a tellement hâte.
    Jocelyn xx

  7. Norma says:

    Bonjour ma belle Katia,

    Je continue à te lire, et j’aime beaucoup, continue ton beau travail et j’espère qu’il va y en avoir plein d’autre. J’Admire ton courage et je suis certaine que tu donne beaucoup de courage à ceux qui te lise.

  8. Louise Ouellette says:

    Bonjour ma puce..j’ai lu tous les « petits bouts de toi »que tu as publiés mais celui-là me touche plus que les autre ,même si je l’ai vécu en même temps que toi.j’aime beaucoup la façon que tu as de te raconter,tu es sincère et honnête comme tu l’as toujours été….j’ai häte de lire la suite …prend soin de toi….bisouxx

    • Oh! Louise! Quel plaisir! Si tu savais comme ça me touche de te lire… Sur le coup, je n’ai pas réalisé tout de suite que c’était toi, parce que j’avais mal entendu le nom de l’auteur du commentaire… Puis, quand j’ai lu «Bonjour ma puce» et relu le nom de l’auteur du commentaire, ce fut un direct au coeur… Oui, j’ai toujours été ta puce et, au fond de mon coeur, je crois que je le resterai toujours, même si nous avons moins de chances de nous voir à présent. Ce qui a été raconté est exactement la façon dont les choses ont été vécues pour moi. Et lorsque je dis que j’étais bien avec vous tous, c’était tellement vrai! C’était génial, car en même temps que je prenais mon envol et quittais la maison maternelle, je me sentais tout de même en sécurité, car j’étais avec vous et vous étiez tous tellement aux petits soins avec moi… Donc, en même temps que je faisais un pas de géant dans ma vie d’adulte, je me sentais appuyée, choyée même! Tu as toujours été précieuse pour moi. Vous l’étiez tous, chacun à votre manière, et le serez toujours. Merci pour ton émouvant commentaire et n’hésite pas à recommencer; j’adore te lire!

  9. Sylvianne jodoin says:

    Allo ma chérie moi aussi j aime beaucoup te lire tu es touchante et inspirante. Oui effectivement tu devrais écrire un livre sur ta vie. Je suis curieuse de savoir comment tu as vécu ton handicap visuel, la séparation de ton père et moi, mon alcoolisme. Je te souhaite d être capable de le faire sans ménagement , c est ton livre et ton histoire ton vécu que je veux entendre, malgré ma peur de t avoir blessé parfois sans le vouloir….je t aime et je te fais confiance.xxx

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