Des petits bouts de moi #13: Retrouvailles avec mes racines

Et la musique dans tout cela? Où se trouvait-elle dans l’échelle de mes intérêts ou priorités? Certes, elle a bercé mon enfance. Je connaissais toutes les chansons de ma famille par coeur et je les chantais toutes, pour le plus grand plaisir des nombreux amis et membres de la famille qui nous visitaient. Ce qu’il faut toutefois préciser, c’est que durant mon adolescence, je boycottais le Country comme s’il s’était agi d’une tare génétique à renier et rayer de sa vie au plus tôt. Si je montais à bord d’un véhicule où l’on pouvait entendre une cassette d’un des membres de ma famille, j’ordonnais qu’on la retire immédiatement. C’était catégorique et sans appel.

Mais pourquoi ce soudain désintérêt (qui prenait parfois même des allures de dédain) pour cette musique qui constitue mes racines? Probablement parce que je constatais que mes amis qui avaient le même âge que moi détestaient ouvertement le Country et que j’aurais eu l’impression d’être à ce point quétaine, risible même, si j’avouais l’aimer. Alors, pourquoi ne pas m’intégrer à fond dans la vie sociale des adolescents bien de mon temps et simplement renier mes racines? Je me suis si bien appliquée à cette tâche, j’y ai cru si fort que j’étais certaine d’y être parvenue.

J’écoutais donc, à cette époque, du Pop anglophone majoritairement, passant des heures à enregistrer sur cassette des succès que j’entendais à la radio et que j’aimais particulièrement. J’étais donc, à ce moment, simplement une mélomane accomplie; je n’avais aucune intention de me lancer dans une carrière de chanteuse dans une quelconque éventualité. Je crois que si l’on m’avait prédit que je chanterais du Country un jour, j’aurais rigolé de bon coeur.
Je vécus ainsi mon adolescence de cette façon jusqu’en 1989, en apparence, du moins. Je spécifie que la situation prévalait selon les apparences, car il se produisit un bouleversement total de ce mode de vie en 1986.

Mon grand ami d’enfance, Martin, qui était à l’école primaire avec moi et avec qui je gardais toujours contact même si j’avais quitté Nazareth et Louis-Braille, m’avait appelée, un soir, me disant quelque chose comme: « Katia, écoute l’émission de Roger Charlebois « L’Express de nuit » ce soir, vers 21h00, à CKLM 1570 AM. J’y ferai une demande spéciale! Tu vas voir, ça va être amusant! » J’ai toujours eu un plaisir fou avec Martin et j’ai toujours adoré ces idées saugrenues qui lui viennent parfois et qui mettent du piquant de belle façon. Alors, même si j’appréhendais un peu le fait que l’émission à laquelle il choisissait d’appeler afin de faire une demande spéciale soit Country, j’ai décidé de syntoniser le 1570 AM et d’attendre que 21h00 arrive et surtout d’entendre mon ami à la radio. Ce qui se produisit, tel que Martin me l’avait promis, vers 21h05 environ. Malheureusement, je ne me souviens pas de la chanson qu’il avait demandée à l’émission, mais je me souviens d’avoir ressenti une grande fierté en entendant la voix de mon meilleur ami en ondes et également, je fus frappée par la gentillesse avec laquelle Roger Charlebois s’était adressé à lui. D’ailleurs, je ne tardai pas à remarquer que cette même gentillesse exemplaire, Roger l’a avec tous les auditeurs qui l’appellent.

Bien entendu, je ne me suis pas contentée d’attendre d’avoir entendu Martin pour ensuite fermer l’interrupteur de ma radio. Bien sûr que non! Il fallait aussi que j’entende la chanson qu’il avait demandée, puisque je tenais absolument à savoir ce qu’il aimait de cette chanson pour l’avoir demandée à la radio. J’ai donc attendu un bon moment avant de l’entendre, mais durant cette bienheureuse attente, il se passait quelque chose en moi, sans même que je m’en rende compte. L’émission que j’écoutais ne m’apparaissait pas pénible à écouter comme je l’aurais tout d’abord cru. L’ambiance y était chaleureuse, les chansons touchantes; bref, on avait envie de rester branchés, accrochés littéralement. C’est exactement ce que je ressentais alors, me répétant, une chanson après l’autre: « Je vais fermer après celle-ci… Juste une de plus, ensuite, je me couche. »

C’est ainsi que, d’une soirée à l’autre, je syntonisais CKLM, à 20h55, pour être certaine de ne pas rater l’ouverture de l’Express de nuit. Eh oui! Je suis rapidement devenue «accro» à cette émission, à l’interaction des auditeurs, aux chansons qui y jouaient et, éventuellement, à l’animateur de cette dite émission. Roger m’apparaissait comme un modèle à suivre, une inspiration. J’étais en totale admiration devant lui, sa façon d’animer et de mettre en valeur chaque personne qui l’appelait, de façon à ce que chacun se sente important, écouté, compris. Et finalement, puisque j’ai toujours eu une tendance à développer des sentiments amoureux pour des hommes plus âgés que moi (des professeurs, par exemple), bref, des gens pour qui je développais d’abord de l’admiration et cela se transformait en amour par la suite, Roger allait connaître le même sort. De modèle, puis inspiration, j’ai fini par en être secrètement amoureuse, sans toutefois jamais le lui révéler. Je me contentais de l’appeler à la radio assez régulièrement, pas trop tout de même, mais juste assez pour avoir la chance de le connaître un peu mieux, au fil de nos brèves conversations.

Plus le temps avançait, donc, plus le Country faisait ou plutôt refaisait sa place en moi. En écoutant l’Express de nuit tous les soirs, j’apprenais à connaître les artistes, j’entendais des entrevues aussi. Je découvrais également le merveilleux monde de la musique Country américaine. Bref, mes racines reprenaient leur place dans mon coeur, dans ma vie, dans tout mon être. Il n’était pas rare que ma mère me surprenne, entendant des bruits suspects à l’étage, en train d’écouter la radio dans mon baladeur, au beau milieu de la nuit, malgré le fait que je doive me lever tôt pour aller à l’école le lendemain. Et si j’avais congé le lendemain ou les fins de semaine, on pouvait me voir passer de fréquentes nuits blanches.

Apprenant mon intérêt retrouvé pour la musique Country, ma tante Julie m’a offert un merveilleux cadeau: sa discographie complète sur cassette, ainsi que celle de Dani et de mon père. Wow!!! Quel cadeau extraordinaire!!! Je suis allée chez mon père qui a pris soin de numéroter chaque cassette selon la chronologie de leur parution, afin que je puisse faire le parcours de chaque membre de la famille dans l’ordre. Si vous saviez combien d’heures magiques j’ai pu passer à écouter toutes ces cassettes… J’ai redécouvert la musique de ma famille, me promettant bien, cette fois, de ne plus jamais m’en séparer. Les retrouvailles étaient faites pour de bon, à présent.

J’écoutais désormais du Country chaque fois que je me retrouvais chez moi, mais à ce moment, pas question d’en écouter à l’école ni même de parler à mes amis de ce retour aux sources. C’était comme si je vivais une double vie: adolescente modèle, aimant la musique populaire le jour; fervente amoureuse du Country le soir, la nuit et les fins de semaine.

À force d’écouter toutes ces superbes chansons Country, je finissais par les savoir par coeur et je m’amusais à les fredonner, à l’insu de tous. Je chantais pour moi-même, personne ne le savait et ça me suffisait. Mais la vie allait se charger de me faire voir les choses autrement. Cet été 1986, alors que j’allais visiter ma famille en Gaspésie pendant deux semaines, ma cousine Sylvie allait me faire comprendre des choses qui allaient changer ma vie. Durant ce séjour mémorable, il y eut plusieurs fêtes familiales au cours desquelles tous les participants chantent, accompagnés par l’un d’eux qui se porte volontaire pour jouer de la guitare. Dans ces merveilleuses fêtes de famille, on retrouvait parmi les guitaristes mon cousin Gilles ou ma cousine Sylvie, que j’ai citée plus haut. Mais la première règle était invariable: tout le monde qui savait chanter chantait. Un soir, Sylvie, qui m’observait attentivement, voyait que je chantais, mais à voix très basse. Je vibrais à toutes les chansons que j’entendais, je les chantais presque toutes, mais de façon à ce que personne n’entende. À un certain moment, elle vint s’asseoir près de moi et me dit: « Pourquoi tu ne chantes pas? Pourquoi n’en chanterais-tu pas une toute seule? Moi, je sais que tu chantes bien et je te vois aller depuis que tu es ici; je sais que tu aimes ces partys et que tu sais les chansons que nous chantons. » On venait de me démasquer… Et celle qui avait découvert le pot aux roses n’était pas n’importe qui pour moi. Sylvie me prenait toujours sous son aile, veillait sur moi; elle était très précieuse à mes yeux. Alors, venant d’elle, ces paroles ont touché mon coeur, directement. Puis, j’ai pris mon courage à deux mains et j’ai essayé. J’ai chanté avec eux, j’ai interprété des chansons toute seule aussi. Toute la famille a adoré. Je me rendis compte que, non seulement ma voix plaisait à ceux qui l’entendaient, mais en plus, j’adorais chanter devant public. Pour l’instant, il était petit, mon public, mais grâce à ces partys de famille, un grand rêve est né: je voulais chanter devant un vaste public. Je voulais à présent être chanteuse, rien de moins!

J’ai alors commencé à assister aux spectacles que donnait mon père dans les différents festivals Country, chantant une ou deux chansons sur scène avec lui. C’est ainsi que toute la magie a commencé. Premièrement, une complicité extraordinaire se tissait entre mon père et moi et une belle histoire d’amour débutait entre le public et moi.

En 1989, j’ai commencé ma propre carrière, enfin, mais je n’appréciais pas beaucoup de chanter seule. Je me suis donc jointe à mon père pour donner des spectacles avec lui. Ce fut une période merveilleuse. Nous avons eu un plaisir fou et vous êtes nombreux à me rappeler de beaux souvenirs de cette belle époque.
Voilà qui explique comment la musique Country a refait son entrée dans ma vie et comment ma carrière de chanteuse a débuté. Évidemment, il y a encore beaucoup à raconter sur cette belle facette de ma vie. Mais je vous préserve la suite pour d’autres « petits bouts de moi ».

J’espère que vous aurez autant de plaisir à lire ce petit bout de ma vie que j’en ai eu à l’écrire. Merci de commenter; cela me fait toujours chaud au coeur.

bottes_cowboys