Des petits bouts de moi #12: Une coquille dure à percer

Je vous ai fait part, lors du dernier petit bout de moi, de tout ce qu’il m’avait fallu de capacité d’adaptation pour tirer le maximum de ma nouvelle vie scolaire, dans une école qui me semblait gigantesque et où rien n’était pareil à ce que j’avais vécu auparavant. Mais l’aspect académique n’étant tout de même pas la seule chose au monde qui compte dans un parcours scolaire agréable, il me fallait aussi apprendre à m’adapter socialement et à développer des relations amicales épanouissantes.

Croyez-moi, bien que je vous apparaisse probablement comme une personne qui sait communiquer de brillante façon, il n’en a pas toujours été ainsi. Pour débuter, il faut que je fasse un aveu ici: j’avais, à l’adolescence, une grande série de complexes qui me donnaient l’impression d’être totalement inintéressante pour quiconque, alors cela ne m’aidait en rien. J’avais mon handicap visuel qui, en premier lieu, me faisait me sentir différente de tous les autres. Et puis, mon problème d’embonpoint étant déjà présent à cet âge, je me trouvais déjà très peu attirante physiquement, pour ne pas dire pas jolie du tout, à cause de ce surpoids qui me gâchait l’existence et me donnait l’impression d’être affreuse. Je n’avais pas encore appris que l’on peut rayonner et dégager un charme fou, bien au-delà de toutes les considérations d’ordre physique. En plus, à l’inverse de tous les adolescents en général, je redécouvrais mon amour pour la musique Country, ce qui me confortait dans mon impression d’être totalement différentes de tout le monde et d’être susceptible d’attirer les moqueries. Alors, donc, je ne voyais pas ce qu’une personne sans handicap ni problème apparent aurait pu trouver intéressant à me côtoyer.

Je concentrais donc tous mes efforts sur les études, m’efforçant à devenir toujours plus efficace, de façon à me fondre au décor le plus rapidement possible.

Je n’ai tout de même pas eu le choix de sauter à l’eau malgré toutes mes craintes, puisque j’avais indéniablement besoin d’un peu d’aide à certains niveaux. Par exemple, l’appareil qui me servait à lire (ma télévisionneuse) était énorme. Il n’est pas possible de transporter ce genre de choses dans son sac d’école, vraiment pas! Imaginez un écran de télé sous lequel on aurait installé une espèce de méga lentille capable de grossir des dizaines de fois les caractères imprimés, le tout muni d’une tablette en dessous, question de pouvoir y déposer l’ouvrage à lire et de le déplacer aisément pour mieux le parcourir. Cet appareil était donc placé sur une espèce de table à roulettes. Finalement, lorsque l’on le transportait d’un cours à l’autre, on avait l’impression de se promener avec un chariot, littéralement. Il était donc très difficile pour moi de m’acquitter seule de cette tâche fastidieuse. Je n’ai donc eu aucun autre choix que d’avoir recours à des camarades de classe assez gentilles pour accepter de m’aider.

Ici, je me permettrai un petit aparté pour vous parler de Nathalie Fex, qui allait sans contredit devenir la première amie que j’ai eue à la polyvalente. Elle était handicapée visuelle tout comme moi, mais elle avait un grand avantage: elle est arrivée à Georges-Vanier un an avant moi, ce qui a grandement contribué à me paver la route et m’ouvrir une bonne partie des portes. Comme je suis arrivée en secondaire 2, certaines de mes futures amies avaient côtoyé Nathalie durant l’année précédente, alors le transport de télévisionneuse ne leur était pas étranger.

C’est ainsi que j’ai connu Anny, qui était dans mon groupe et qui s’est gentiment offerte d’elle-même, dès le premier cours, pour s’occuper de mon appareil, à chaque cours. Ouf!!! Quelle grande gentillesse de sa part et quel soulagement extraordinaire pour moi… J’ai trouvé en elle non seulement une aide précieuse, mais une grande amie par la suite. Elle ne se contentait pas d’assurer le transport de ma télévisionneuse; elle tentait de m’intégrer à son cercle d’amies à l’heure du dîner. C’est là que j’ai eu la chance de connaître Nathalie et Isabelle, entre autres, deux grandes amies d’Anny qui étaient toujours présentes à chaque dîner. Malheureusement, malgré leur accueil superbe, j’étais tellement intimidée que je ne faisais que les écouter parler entre elles, sans jamais ajouter un seul commentaire. Si bien que j’ai demandé à mon professeur itinérant si je pouvais dîner dans le local où Nathalie et moi entreposions nos télévisionneuses. Et c’est ainsi que j’ai commencé à aller dîner toute seule dans mon local, là où je n’étais plus confrontée à devoir me fondre dans quelque groupe que ce soit. Mais mon professeur itinérant n’appréciait pas cette nouvelle habitude que j’avais prise et ce fut le sujet de nombreuses discussions animées au terme desquelles j’avais dû retourner dîner avec les autres, quitte à retourner au local tout de suite après si je n’avais rien d’autre à faire.

Il y avait aussi une amie de Nathalie Fex qui s’appelait Josée, avec qui j’aurais adoré devenir amie. Elle aidait Nathalie tous les jours et je la voyais régulièrement rapporter la télévisionneuse de celle-ci à notre local. Je me disais que j’aurais tellement voulu la connaître mieux et être son amie. J’ai tout de même eu un peu cette chance, puisqu’elle était fort gentille avec moi, mais je ne l’ai pas connue autant que je l’aurais souhaité, encore une fois, par timidité. Mais j’ai tout de même un souvenir très touchant avec elle: celui où elle a accompagné Nathalie à l’hôpital, lorsque j’ai eu mon accident, pour me rendre visite. J’avais été très touchée qu’elle soit venue avec elle.

Durant mes deux premières années à Georges-Vanier, ce fut donc Anny qui m’aidait. Puis, j’ai fini par apprendre à connaître d’autres gentilles amies, puisque Anny et moi avons été séparées par le classement, puisque nous étions dans des groupes différents en secondaire 4 et 5. J’ai donc connu Rachel, qui m’a beaucoup aidée, qui prenait des notes pour moi très gentiment en plus de m’aider à transporter mon appareil. Il y a eu aussi Louise et Lyne, entre autres. Sans oublier Nathalie elle-même, qui restait toujours présente, bref, elle était mon amie entre toutes et ça me faisait du bien de partager avec elle tout ce que je vivais à l’école et à l’extérieur de celle-ci, bien sûr, car nous sommes devenues de vraies amies.

Il y avait aussi Manon, qui était en secondaire 1 alors que moi, j’étais en secondaire 4. Elle, je l’ai connue dans l’autobus qui me ramenait chez moi, alors qu’elle s’adressait à une de ses amies en ces termes: « Paul Daraîche, c’est mon idole. Je l’aime tellement… », etc. J’ai, pour une fois, contré ma timidité en me présentant comme étant la fille de Paul Daraîche. Stupéfaite, elle me dit: « Pour vrai? Bien, il me semblait que Paul n’avait pas d’enfants? » Je lui expliquai qu’elle faisait erreur; qu’il en avait deux (à ce moment-là). Ce même jour, j’ai eu la chance de lui prouver que je disais vrai, puisqu’elle débarquait au même arrêt d’autobus que moi pour aller garder tout à côté de chez moi et je l’ai invitée à entrer, puis j’ai appelé mon père et lui ai passé l’appareil pour qu’elle lui parle de vive voix. Je crois sans me tromper qu’elle était complètement estomaquée (rire). N’empêche qu’à partir de ce moment, je me sentais encore un peu moins seule, car elle adorait le Country et moi aussi. Donc, je pouvais me retrouver, avec elle. Nous écoutions de la musique ensemble souvent à l’heure du dîner et cela me permettait de retrouver mes repères et de me sentir acceptée avec mes racines indéniables.

Et l’amour, dans tout cela? Eh bien… Même si je me sentais hyper intimidée à l’idée de m’intégrer à tout ce beau monde, je n’en observais pas moins attentivement chacun et chacune de mes compatriotes. J’avais une perception très personnelle de tous et toutes et j’essayais de m’imaginer avec qui j’aurais pu tisser un beau lien d’amitié, etc. Au niveau amoureux, j’avais bien quelques petits béguins ici et là, mais rien qui me poussait à poser des gestes concrets envers ces personnes.

Tout bien réfléchi, trois garçons ont attiré mon attention durant les quatre années que j’ai passées à la polyvalente. Mon attention était particulièrement attirée par les gars qui semblaient plus calmes que les autres, qui ne riaient pas des autres; bref, qui semblaient à leur place. Et, comme c’est toujours le cas maintenant pour retenir mon attention, ce qui me faisait craquer d’abord et avant tout était la ddouceur qu’ils dégageaient.

Ainsi donc, en secondaire 2, le premier à avoir chatouillé mon coeur s’appelait Denis Ardouin. Il se tenait avec une joyeuse bande qui faisaient un peu les bouffons, mais lui savait tout de même garder sa place et jamais je ne l’ai entendu rire de quiconque. Il dînait souvent avec moi et m’offrait gentiment son aide. Il était très attentionné avec moi et cela m’avait séduite. Je ne lui ai jamais dit, par contre, ce que je pensais de lui. Mais, à bien y penser, peut-être que cela paraissait un peu. Un jour, il est arrivé dans notre local de remisage des télévisionneuses alors que j’écrivais dans mon journal intime. Pour me taquiner, il s’était amusé à lire par-dessus mon épaule et à vouloir le feuilleter. J’étais morte de gêne et je l’ai prié de vite me le rendre. Il a eu le temps de lire quelques petits passages intimidants pour moi, mais pas trop, tout de même. C’était d’autant plus gênant que so nom était souvent mentionné dans ce journal, alors je ne voulais pas qu’il tombe malencontreusement sur ces bouts fatidiques. Cela dit, il n’y a jamais rien eu qui dépasse l’amitié entre Denis et moi et jamais nous n’avons parlé de mes sentiments potentiels ensemble.

Il y eut aussi Patrick Flemming, que je percevais comme un intellectuel sage, qui faisait équipe avec moi parfois en français, en secondaire 2 aussi, si j’ai bonne mémoire. Le fait qu’il se propose lui-même de travailler avec moi me touchait et sa délicatesse envers moi également. Lui ne l’a jamais su, c’est évident, puisque tout ce qui a existé avec lui était lié au travail d’équipe dans le cours de français.

Le dernier et non le moindre à m’avoir touchée se nommait Pierre Carignan. Excusez-moi l’expression, mais il avait une de ces voix à faire fondre un mur de brique et une douceur non moins craquante. Il semblait beau, ce qui n’était pas pour lui nuire, mais il dégageait aussi une espèce de fragilité que je n’arrivais pas à expliquer à ce moment-là et qui faisait aussi partie de ce qui m’attirait chez lui, mais que j’ai mieux compris tout récemment, après l’avoir retrouvé sur Facebook et qu’il m’ait expliqué certaines choses qui m’ont permis de constater que j’avais raison de percevoir chez lui cette fragilité. Avec Pierre, il y avait deux obstacles majeurs: 1) il était tout aussi timide que moi; nos échanges s’arrêtaient à des salutations très polies, sans jamais dépasser ce stade; 2) mon amie Nathalie Fex avait, elle aussi, un béguin pour lui; j’ai donc immédiatement décidé de ne plus focaliser mon attention sur lui, question de lui laisser tout le champ libre pour aller de l’avant si elle le souhaitait.

C’était donc totalement infructueux du côté amoureux. En revanche, plus le secondaire avançait, mieux je m’intégrais et plus j’arrivais à me faire des amies.

J’espère que vous avez toujours autant de plaisir à lire ces petits bouts de vie que je vous présente. J’aurai très bientôt une suite à vous offrir, au gré de mon inspiration. Au plaisir de vous y retrouver! Merci à l’avance pour vos commentaires!

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